Mimmo Rotella
H 23 5/8 x 39 3/8 in
Mimmo Rotella nait à Catanzaro en Italie en 1918. Fasciné dès l’enfance par le cinéma, il étudie au lycée artistique de Naples avant d’effectuer son service militaire. À la fin de la Seconde Guerre Mondiale, il s’installe à Rome en 1945.
Après un bref séjour étatsunien, il retourne à Rome et s’emploie à ses premiers « décollages ». Parcourant les rues de la capitale, il arrache des murs le matériau qu’il fera sien pour le reste de sa vie : l’affiche. Qu’ils appartiennent au cinéma, à la politique ou à la publicité, Rotella colle, déchire, recolle et agence ces lambeaux de papier pour réaliser des compositions abstraites, et recréer ainsi, dans son atelier, « l’épopée de la ville [1] ». Cette première expérience romaine, dessinant alors les prémices du mouvement appropriationniste, lui a permis de développer ce qu’il appelait son « radar mental », un œil analytique ayant fait progressivement de l’artiste « le grand ‘donneur à voir’ de la peau des murs de nos villes. [2] » Il expose ses premières œuvres dès l’année suivante, en 1954, lors d’une manifestation collective sur les bords du Tibre.
Dans la Rome des années 1950, la réception des œuvres est difficile pour le « lacérateur d’images [3] », mais il trouve notamment l’appui du poète Emilio Villa ainsi que de l’écrivain Sinisgalli qui l’encouragent à persévérer dans sa démarche artistique. Vers la fin de la décennie, l’artiste rompt avec l’abstraction pour réintroduire la figure dans ses œuvres. Il prélève alors l’affiche entière et n’en déchire ensuite plus que des parcelles méticuleusement choisies. C’est ainsi qu’il fait émaner de ces affiches marouflées sur toile de grandes idoles de son temps, telles Elvis Presley, Marilyn Monroe, ou encore Liz Taylor, par ailleurs chères à Andy Warhol. Plus tard, en 1996, Marilyn Monroe (1963) de Rotella et Marilyn Monroe’s lips (1962) sont exposées ensemble au MOCA de Los Angeles dans le cadre de l’exposition Half Mirrors.
En 1960, Pierre Restany invite Mimmo Rotella à rejoindre les autres signataires du Manifeste du Nouveau Réalisme à Paris, où il s’installe ensuite en 1965. Il développera alors une grande proximité avec les affichistes français, parmi lesquels Raymond Hains et Jacques Villeglé. Après cette période marquée par la figuration puis entre autres son développement du Mec-Art - des procédés de reproduction mécanique d’images sur toile - Rotella retourne à Milan et expose dès l’année 1980 des œuvres témoignant d’un rapport nouveau de l’artiste à l’affiche. Cette décennie, marquée par l’affirmation de l’art Processuel et l’arrivée de l’Hyperréalisme est une période sombre : défiguré après avoir reçu une bille de fer dans le cadre d’une manifestation, son travail est marqué par une actualité rongée par des crises économiques et politiques.
Baptisée Blanks par Pierre Restany, cette série d’œuvres évoque l’oblitération des affiches publicitaires par de larges bandes de papier uni lorsque vient le terme du contrat permettant à une marque d’occuper un espace publicitaire. D’abord lacérée, puis reproduite, l’image est maintenant « niée [4] » chez Rotella : privant l’affiche de son aptitude à séduire, l’artiste interroge sur son caractère éphémère et superficiel en la mettant en lumière comme « une peau qui se dénude à travers l’image elle-même`[5] ». Tranchant finalement avec l’ascétisme de ces « vides », la période tardive de Rotella, dont émergeront notamment les sovrapitture, sera caractérisée par des œuvres denses et « pleines » sur lesquelles il intervient notamment à la peinture sur des affiches lacérées et collées sur toile, les enrichissant de signes, de figures, de mots ou de gestes.
La carrière de Mimmo Rotella est marquée par une grande reconnaissance institutionnelle : il est exposé au MoMA de New York dans le cadre de l’exposition High and Low (1990), au Centre Pompidou pour Face à l’histoire en 1996 ou encore au musée Guggenheim de New York lors d’Italian Metamorphosis (1994), qui le comptent tous dans leur collection muséale. Il a entre autres fait l’objet d’une rétrospective au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice en 1999.
Mimmo Rotella décède à Milan en 2006.
Notes
1. MUSÉE D’ART MODERNE ET D’ART CONTEMPORAIN (NICE), Mimmo Rotella : rétrospective, cat. exp. [Nice, Musée d’art moderne et d’art contemporain, 11 décembre 1999 – 3 avril 2000], Milan : Skira ; Paris : Seuil, 1999, p. 9.
2. Ibidem, p. 13.
3. Ibidem, p. 15.
4. CELANT, Germano, Mimmo Rotella, Milan : Skira, 2007, p. 55.
5. Ibidem, p. 57.
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