• Mitterrand a le plaisir de présenter Nothing to Read, une exposition collective réunissant Jean-Michel Basquiat, Irma Blank, Alighiero Boetti, Betty...
    Alighiero Boetti, "Simmeterie speculari", c. 1992

    Mitterrand a le plaisir de présenter Nothing to Read, une exposition collective réunissant Jean-Michel Basquiat, Irma Blank, Alighiero Boetti, Betty Danon, Mirtha Dermisache, On Kawara, Michael Krebber, Glenn Ligon, Henri Michaux, Roman Opałka et Mimmo Rotella autour des relations entre écriture, langage et image.

     

    Que reste-t-il de l’écriture lorsqu’elle ne donne plus rien à lire ? À travers des pratiques et des générations différentes, les artistes réunis dans Nothing to Read détournent l’écriture de sa fonction première de transmission pour en explorer les dimensions visuelles, matérielles et temporelles. La lettre devient ligne, le mot devient forme, la répétition devient rythme. Tantôt effacé, fragmenté ou rendu illisible, le langage demeure présent mais résiste à une lecture immédiate.

     

    Chez Irma Blank, Mirtha Dermisache, Betty Danon ou Henri Michaux, l’écriture se détache du sens pour exister comme geste et comme trace. Signes, graphies et écritures inventées occupent la surface sans nécessairement conduire à un langage lisible. En 1974, le critique et théoricien de l’art italien Gillo Dorfles qualifiait ainsi le travail d’Irma Blank d’« écriture asémantique » : le signe n’y est plus le véhicule d’un concept, mais existe pour lui-même. Écrire devient alors un acte physique, où la main, le souffle et la durée prennent la place du mot.

     

    Cette présence du corps trouve un écho chez Alighiero Boetti, qui écrivait que « ce qui parle toujours en silence, c’est le corps ». Dorfles rapprochait également les deux artistes dans leur recours à un geste manuel mesuré et obsessionnel, répété jusqu’à rendre visible le temps consacré à l’œuvre. Chez Blank comme chez Boetti, la répétition n’efface pourtant jamais complètement l’individu : variations, irrégularités et accidents viennent inscrire une présence au sein même du système. Cette relation au temps se prolonge autrement chez On Kawara et Roman Opałka, pour qui dates et nombres deviennent les traces d’une durée vécue.

    Ailleurs, le langage reste reconnaissable mais sa lecture se trouble. Chez Glenn Ligon, les mots se répètent et se superposent jusqu’à osciller entre texte et image ; chez Mimmo Rotella, lettres et fragments typographiques émergent des affiches lacérées comme les vestiges d’un langage déjà altéré. Qu’il soit inventé, répété, compté, effacé ou fragmenté, le texte acquiert une présence qui dépasse ce qu’il signifie.

     

    Nothing to Read se situe dans cet intervalle, lorsque l’écriture est encore reconnaissable mais que lire ne suffit plus. Les œuvres réunies invitent à regarder le langage autant qu’à chercher à le comprendre : comme une ligne, un geste, une empreinte ou une durée. Il n’y aurait ainsi « rien à lire », alors même que l’écriture est partout.