Alighiero Boetti Italian, 1940-1994
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Biography
Alighiero Boetti was born in Turin, Italy, in 1940. After briefly studying economics and business, he devoted himself to art. In the 1960s, he emerged as a leading figure in Arte Povera, using everyday objects and ordinary materials. His first solo exhibition at Galleria Christian Stein in Turin in 1967 reflected this exploration of supports and processes freed from traditional painting.
His work quickly developed a conceptual dimension, grounded in the relationships between order and disorder, identity and otherness, rules and chance. With Gemelli (1968), a photomontage in which he appears holding hands with his double, he questioned the unity of the artist’s identity. In 1972, he introduced an “e” between his first and last names, becoming “Alighiero e Boetti”, placing this duality at the heart of his practice.
Language occupies a central place in his work. In his embroidered squares, coloured letters are arranged within a grid that transforms words into patterns. Their apparent dispersal conceals a phrase that the viewer must piece together by following an unconventional reading order. The works entitled Ordine e disordine make this tension particularly palpable: geometric organisation produces a visual disorder that deciphering resolves. Writing retains its meaning, but that meaning is discovered through the image.
His ballpoint pen works extend this exploration of sign systems. In Mettere al mondo il mondo (1975), a dense field of strokes incorporates an alphabet and commas arranged according to a code. Reading requires the viewer to connect these elements, becoming an active participant in the construction of meaning. The time spent filling the surface and the variations in the marks also lend it a sensory dimension.
Boetti entrusted a substantial part of the execution of his works to others. His embroideries, notably the Mappe and letter squares, were produced by Afghan craftswomen. This collective practice introduced choices and skills that lay partly beyond his control, while questioning authorship and the relationship between conception and execution.
Alighiero Boetti died in Rome in 1994. His work was the subject of a major travelling retrospective at the Museo Reina Sofía in Madrid in 2011, followed by Tate Modern in London and MoMA in New York in 2012, confirming his prominent place in the art of the second half of the twentieth century.
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Works
Alighiero Boetti Italian, 1940-1994
Simmeterie speculari, c. 1992Broderie sur tissuH 26,5 x 26 cm
H 10 3/8 x 10 1/4 in
H 35.1 x 35.1 cm (encadré)
H 13 7/8 x 13 7/8 in (framed)Copyright l'artistNé en 1940 à Turin d’un père avocat et d’une mère violoniste, Alighiero Boetti nourrit un intérêt dès l’enfance pour la culture et notamment la musique. Après une brève formation...Né en 1940 à Turin d’un père avocat et d’une mère violoniste, Alighiero Boetti nourrit un intérêt dès l’enfance pour la culture et notamment la musique. Après une brève formation à l’Université de Turin en économie et en commerce, il abandonne son cursus pour se consacrer pleinement à sa pratique artistique.
Dans les années 1960, au début desquelles il séjournera deux ans à Paris, l’artiste s’impose comme l’une des figures de proue du mouvement Arte Povera en employant des objets du quotidien et des matériaux ordinaires pour réaliser les œuvres qu’il exposera entre autres lors de sa première exposition solo en 1967 à la Galleria Christian Stein. Cette période instigue d’ailleurs dans la pratique de Boetti une véritable recherche de la « matière-support » autre que la « toile-peinture » qu’il rejettera dès ses 22 ans [1].
Donnant rapidement une dimension très conceptuelle à son travail, il se démarque pour autant d’un certain nombre d’artistes de son temps en conservant une forme importante de visualité, et une forte implication du corps de l’artiste dans ses œuvres. En marge de ces premiers travaux, et tandis qu’il devient l’un des pionniers du Mail art, Boetti réalise un groupe d’autoportraits, dont les trois premiers datent de 1968. Gemelli marque un tournant quant à la perception de son identité : par le biais d’un photomontage, il se représente debout, tenant la main de son double, à qui, en quelque sorte, il donnera vie en 1972 en apposant entre son prénom et son nom de famille un « e » (« et » en français). À compter de 1970, Boetti passe aux « portraits de noms », entérinant son abandon total de l’image au profit de « l’abstraction identitaire [2] ».
Et tandis qu’il continue d’interroger la place de sa main dans son travail artistique, matérialisé entres autres par les déclinaisons des Due mani una matita (Deux mains et un crayon), tantôt photographies, tantôt dessins qui actent sa production artistique - accolée visuellement à ses deux mains - comme le produit d’un travail autographique, il développe un intérêt plus général pour le « mot » dont ses « carrés magiques brodés [3] » sont probablement l’exemple le plus éminent. Des lettres sont agencées en ce qui semble être un « désordre » ; mais comme en atteste le titre de certains de ses plus célèbres carrés, Ordine et disordine (1972 pour le premier), il est possible de lire une courte phrase de haut en bas, de gauche à droite. En déjouant les conventions de lecture et en octroyant à ces assemblages de lettres une véritable dimension esthétique, Boetti propose alors un texte d’abord comme motif avant d’être un signe codifié. On retrouve cette même idée avec ses œuvres réalisées au stylo-bille (Mettere al mondo il mondo, 1975), où les flots d’un océan dessinent les lignes d’un texte indéchiffrable dont ne demeurent visibles que les apostrophes, et un alphabet. S’agissant des carrés, Boetti répète inlassablement l’exercice ; à tel point qu’il confie, lors d’un entretien donné à Nicolas Bourriaud en 1992, savoir instinctivement, en un seul regard, lorsque les lettres d’un mot sont susceptibles de former un carré.
La réflexion portée sur l’altérité, combinée à sa recherche concernant la matière, a guidé Boetti à se mettre en retrait de la production matérielle de ses œuvres : c’est ainsi que la réalisation d’un certain nombre de ses carrés brodés, tout comme ses tapis « cartes géopolitiques » et ses œuvres sur papier fondées sur le « remplissage » par griffonage au stylo-bille l’ont bien souvent été par la main d’un autre. Bien que cette « sous-traitance » soit devenue une pratique assez commune dans le monde de l’art conceptuel, l’idée initiale de Boetti était politique : il refusait de parler au nom d’autres cultures si bien qu’il laissait « l’autre » parler au travers de son œuvre [4]. C’est ainsi que des femmes artisanes afghanes ont participé à la réalisation de ses Mappe ou de ses carrés en employant des techniques traditionnelles et ancestrales ; mais ces dernières sont demeurées anonymes, dans la perspective parfois jugée ambigüe d’interroger l’identité de l’artiste.
Si Boetti a bien été exposé de son vivant, il faudra attendre près d’une dizaine d’années après son décès en 1994 à Rome pour qu’il obtienne pleine reconnaissance. Après une rétrospective posthume en 1996 acquise au musée de Turin puis à Villeneuve d’Ascq, il a fait l’objet, en 2011 et 2012 d’une grande rétrospective itinérante présentée successivement au Museo Reina Sofia de Madrid, à la Tate Modern de Londres et au MoMA de New York. Ses œuvres, et notamment ses carrés brodés ont été acquises par de nombreuses collections, et ont tant irrigué la culture visuelle que les italiens ont établi dans leur langage courant, pour parler de cet agencement de lettres colorées caractéristique, le terme « a la Boetti ».
NOTES
1. SAUZEAU, Annemarie, Alighiero e Boetti : ordre et désordre du monde, œuvres 1967-1990, cat. exp. [Dijon, Fonds régional d’art contemporain de Bourgogne, 20 juin – 27 septembre 2003], Dijon : Fonds région d’art contemporain de Bourgogne, 2003, p. 12.
2. SAUZEAU, Annemarie, Alighiero Boetti, cat. exp. [Paris, Tornabuoni art, 18 mars – 5 juin 2010], Milan : F. Motta, 2010, p. 17.
3. Ibidem, p. 27.
4. GODFREY, Mark Benjamin, Alighiero e Boetti, Londres : Yale University Press, 2011, p. 15.
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