Alighiero Boetti
H 39 3/8 x 59 in
H 103.5 x 153.8 cm (encadré)
H 40 3/4 x 60 1/2 in (framed)
Ou, si l’on préfère : à droite et à gauche, en haut et en bas, et encore le côté devant et le côté derrière, autrement dit l’endroit et l’envers. Il en résulte une répartition confuse des rôles.
Confuse parce qu’il n’y a pas de symétrie spéculaire, ou non, c’est-à-dire qu’il n’est pas certain que la gauche devienne la droite et vice versa. Le haut ne devient pas le bas et vice versa.
Le dessus et le dessous. Le devant et le derrière. Le sens et son contraire. Dispersés aux quatre vents, tendus à l’aide de quatre épingles, déchirés et divisés, tournés et retournés. Brisés et désespérément dispersés, jamais retrouvés.
Ainsi en est-il de mon corps, lacéré, divisé, retourné et dispersé, sans la sérénité de la symétrie et/ou la rassurante version opposée et contraire du miroir et/ou la logique du X ou du sablier — charnière — vice versa. Dans ce cas, il est impossible de prévoir les transformations.
Absolument. Mais, grâce à Dieu, il existe des limites définies par les quatre côtés du rectangle, donc un ordre à opposer au désordre de la fragmentation. Encore l’ordre et le désordre, et une longue succession de deux sujets opposés et contraires, et l’éternelle lutte entre les deux pôles opposés.
Même la date d’aujourd’hui : le deux du mois, et encore l’unité de l’année, un, neuf, huit et deux, qui, additionnés, font vingt, c’est-à-dire deux plus zéro, deux formé de trois lettres. Sept, cinq, six, trois, trois : l’éternelle conclusion, c’est-à-dire le Père, le Fils, l’Esprit. La Trinité, solution finale de toutes les dualités.
Quelques mots écrits avec la main droite désactivée, lorsque la gauche commence à montrer des signes de fatigue. Puis je reviens à cette espèce de punition, en essayant également de ramener vers le bas cette ligne écrite qui tend vers le haut, pour en faire une ligne horizontale et ordonnée.
Je ne suis pas encore arrivé à la moitié de cet exercice de sacrifice et déjà cette main gauche qui écrit est fatiguée, désarticulée et déformée, tandis que la droite, serrée en un poing vide qui ne tient rien, assiste impuissante à la progression laborieuse de l’écriture, alors que la moitié est encore loin et que les quatre heures de la nuit du deux juin sont déjà arrivées.
Une année qui se termine par deux, comme les deux rouges de Guzzi et Gilera, or et bleu et vert argenté — tantôt soleil, tantôt lune — rien à voir, rien à cacher — cinquante-cinq, cinquante-cinq ou vingt-deux, vingt-deux, ou deux, deux et un un, ou onze.
Nombre de l’incomplet et de l’inachevé, puisqu’il se situe entre le dix et le douze. Le premier symbole d’une complétude superficielle : le douze, nombre d’une grande épaisseur historique.
Tant d’ensembles comptent douze unités, comme les mois, le zodiaque, les apôtres, la douzaine. Unité de mesure des œufs, puisque les œufs sont signes de vie et de naissance, d’espoir et d’attente.
Apprendre à attendre, attendre et respecter, prendre ou ne pas prendre son élan, renaître, réconforter, renoncer, poursuivre, courir, accourir, être nécessaire, s’écouler, parcourir, discourir, si cela va — jurer ? — répéter, renoncer, au contraire, et ainsi de suite.
J’aime le gérondif, qui annonce le présent dans son action instantanée, dans le grand… un point rond comme un cercle et un bref rayon, le pi grec, autrement dit le trois multiplié par quatorze et une infinité de nombres.
Huit, deux verticales et une horizontale, la dernière, une porte, une entrée sans fin, autrement dit la quadrature du cercle.
Et cela nourrit les folies insensées, étrangement folles, des mathématiques, science des nombres. Les nombres, seules réalités véritables, parce qu’il est facile de supposer que B vient après A par pure convention ou par code ; il est difficile de comprendre pourquoi deux vient après un et avant trois. Qui a pris cette décision ? Est-ce arbitraire ou réel ? Merveilleux nombres !
Et votre folie insensée : voir, entendre, sentir, goûter, toucher, penser.
La pensée comme sens intuitif, prédiction, pré-voir, revenir en arrière, même dans le temps.
Encore une fois, le plaisir d’écrire de la main droite. Au moins cette ligne jusqu’à la limite est, pour celui qui écrit, ouest pour celui qui lit.
Aujourd’hui, c’est la fête de la République. Trente-six ans à ce jour.
Aujourd’hui encore, le centenaire de la mort de Garibaldi. Aujourd’hui, à Caprera, en Sardaigne, sept heures se sont écoulées depuis le début du deux juin.
Guerre entre l’Angleterre et l’Argentine pour les îles Falkland, dans les mers de l’Atlantique Sud. Il y a aussi la guerre en Afghanistan, occupé par les Russes ; la guerre entre l’Iran et l’Irak ; la guerre dans le sud du Liban entre Palestiniens et Israéliens ; la guerre au Cambodge, et cent autres points chauds où se concentrent les énergies négatives de trois milliards de personnes qui assistent, en des points circonscrits, aux affrontements armés avec des missiles et des chasseurs-bombardiers. Mieux encore : des combats d’infanterie, corps à corps, parfois à l’arme blanche.
À propos du blanc, je ne parviendrai jamais à comprendre comment il est possible que la somme de toutes les couleurs donne du blanc. Moi, je pense à un rouge sombre tirant sur le violet, à la couleur de la terre et à la couleur de la merde. Pourtant, on dit que, toutes additionnées, les couleurs donnent du blanc.
La candeur, et je pense à la rougeur et au fait de rougir : un afflux de sang vers les joues qui, en un instant, prennent cette… fascinante rougeur, et le doux fait de rougir, et non de rôtir, comme un rôti, et non août, mais seulement février…
Âne cuit et cru, et non kurde, mais plutôt le chardon et le cou. Cou brisé, bras longs. Si longs qu’ils peuvent toucher la lune et…"
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